Articles anciens:

Catégories

Course Libre à Lunel avec Le Sanglié
C’était le 5 octobre 1924

Un compte-rendu paru dans le journal « L’Aficion » du 12 octobre 1924.

 

x

 

Course Libre : Le Sanglier à Lunel..

Cette course a eu lieu dimanche dernier (5 octobre 1924, NdR) et s’est déroulée sous les yeux du public des grands jours, quoique la pluie de la veille ait retenu un peu de monde ; c’est ainsi que nos bons amis de Provence, devant l’incertitude du temps, ont sans doute hésité à prendre leurs avances ; ils auront sûrement regretté de n’avoir pas été des nôtres quand ils auront appris la bonne impression qu’ont laissé les six cocardiers de Granon.

Le présidence qui avait été confiée à M. Olivier Brun, dût être modifiée, ce dernier ayant été pris par des préoccupations personnelles urgentes ; disons tout de suite que nous avons regretté cette absence d’autant plus que c’était, paraît-il, la dernière course qu’il devait présider, et, dame ! l’élite des razeteurs qui s’était donnée rendez-vous, dût à coup sûr la regretter davantage, car, avouons-le, le mécène a toujours eu pour eux le beau geste.

Que dire du bétail ?
Il se comporta on ne peut- mieux, à part l’Enchaîné (1er de la course) qui nous parût un peu mou ce jour, tous surent maintenir bien haute leur réputation ; le Brutus, par exemple, nous fit une course extraordinaire ; ne refusant aucun razet, « entrant » l’homme chaque fois, il fit l’admiration de tout le monde.
Le Dogue, à l’allure flegmatique, fit merveille aussi ; il supporta au bas mot une trentaine de razets, certains de ces derniers firent passer le frisson sur la foule ; en effet, Richard glissant faillit être cloué et il s’en fallut, de peu pour que Lucien pris de court ne sentit pénétrer la corne.
Tous les autres toros fournirent une excellente course ; il faut dire, en passant, qu’ils eurent peu à faire ; la gent à crochet s’étant dépensée sans compter sur ceux qui, en quelque sorte, sont dans cette course toros de deuxième ligne.
Et, si les razeteurs boudèrent un peu à l’ouvrage au Sanglier, ils voulurent, tout au moins, le rattraper sur les autres.

Quant au Sanglier  ?
Toujours le même !
Sa sortie contraire nous prouva l’originalité de son caractère ; un seul homme l’aborda crânement : Michelet.
Michelet qui, au Brutus, avait dû rentrer à l’infirmerie à la suite d’une mauvaise chute, ne réintégra en piste qu’au dernier moment. Sa réapparition dans le redondel fut saluée d’unanimes applaudissements. Jusqu’à ce moment nous n’avions assisté qu’à des tentatives de razet sans conviction.

De prime abord Bouterin tenta un razet, de très loin du reste ; il fût coupé de court par le fauve et suivi de près ; Richard, l’infatigable Richard, passa ensuite, une, deux, trois fois successivement ; à chaque coup le Sanglier fonça.
Puis ce fût le tour de Rimbaud, de Richard et encore de Rimbaud. Les razets faits comme je le dis, d’assez loin, n’eurent pas le don de nous faire assister à de vraies « rentrées ».

Mais, voici qu’apparaît Michelet : c’est un stimulant pour les autres !
Malgré une douleur apparente, il veut plaire et passer ; il se fait placer le toro, se prépare, fonce en boitant sur le Sanglier qui l’accompagna à fond ; il passe une seconde fois, le Sanglier pousse plus dur encore, traverse la barricade d’un coup de corne : Michelet n’a rien !
Encore un troisième et un quatrième razet impressionnant et le Sanglier rentre fièrement sa cocarde pendant que le public siffle copieusement les autres razeteurs, parce qu’ils n’ont même pas essayé, voyant leur camarade souffrant, de lui couper le razet.

Et voilà très succinctement résumées les diverses péripéties de cette sensationnelle course.

Puisse mon compte rendu être le « baume réparateur » de ceux qui pour diverses raisons ne purent y assister.
C’est à leur intention que je l’écris.

EL MEGRENTI.

Quel intérêt me direz-vous à publier un vieil article ?

Je dirais d’abord, qu’il concerne l’Histoire du Sanglié et que, s’il ne nous apprend rien sur sa férocité, nous aimons bien quand les revisteros de renom et de qualité le confirment.
Ensuite, me semble-t-il, tout l’intérêt est dans la manière dont les courses – libres ! – se déroulaient.
Primes offertes par les mécènes, peu de rasets.
Des expressions perdues comme « la gent à crochet », « des razets qui nous font assister à des « rentrées », « entrer » l’homme, « couper le razet » pour, sans doute, faire un quite… pratique systématique à l’époque.

Puis pour nous qui suivons les comptes-rendus du lundi, constater la différence dans la tonalité du récit.
J’adore le lyrisme de « El Megrenti » !
« El Megrentti », un pseudo à consonance castillane comme beaucoup de termes taurins employés: ce ne sont pas des taureaux mais des « toros », ce n’est pas la piste mais « le redondel », etc…
La tauromachie ibérique – la tauromachie-mère – était prépondérante à l’époque et cela avait, forcément, des répercussions sur le vocabulaire employé.

Une question m’interpelle, quand il dit: « Le Sanglier: sa sortie contraire nous prouva l’originalité de son caractère (…) »
Veut-il dire que le taureau en sortant du toril courut, contrairement aux autres, dans le sens des aiguilles d’une montre ou marquait-il une autre particularité ?

Merci de me faire parvenir vos avis, je les publierai à la suite de cet article.
Ce sont vos réactions qui nous enrichiront.
Salva