Articles anciens:

Catégories

« Lou Sanglié » ne fut pas que raseté…

Extrait du Journal « L’AFICION », « 
ORGANE OFFICIEL de la Fédération des Sociétés Taurines de France et d’Algérie »,
en date du 23 novembre 1923

x

Les Écarts de Catalino au Sanglier

Les amateurs de Course Libre qui s’étaient donné rendez-vous dans le vieil amphithéâtre Romain en cet automnal après-midi du 9 octobre, parleront certainement longtemps encore des deux formidables écarts exécutés par le torero hispano-landais-provençal Catalino devant le toro le plus fougueux, le plus rapide et le plus dangereux qui ait depuis longtemps foulé le sable de nos plazas.

On parlera certainement encore, dans dix ans, de ce véritable exploit comme on parle encore aujourd’hui du saut du Belcita par Vaillant ou des écarts de Navarrito devant le Na Pas Qua. Et de fait, il est certain qu’il faut aussi une dose peu commune d’audace, de témérité et de vaillance pour attendre avec autant de sérénité un cocardier de la classe du Sanglier.

Lorsque avant d’aller rejoindre notre place sur les gradins, mon bon camarade « Mir » me fit part d’une conversation qu’il avait entendue au Café de la Bourse et concernant l’Espagnol inconnu qui devait, disait-on, écarter le Sanglier comme un vulgaire ternain, je répondis tout de suite à Mir : « Je ne connais qu’un torero, capable d’une telle folie et c’est Catalino. »

J’avais, en effet, une seule fois à Saverdun (Ariège), vu travailler Catalino, remplaçant le Sastre blessé, devant des vaches de Durand et j’avoue que sa facilité pour recorter « cape al brazo » à la manière de Reverte, m’avait, bien que j’eusse été prévenu par Catita et Mariotty, déjà profondément surpris.

Je n’aurais jamais cru, malgré ce, Catalino capable de se lancer à un exercice aussi périlleux devant un toro de 8 ans, doublé d’un cocardier tel que Le Sanglier.

Non pas, certes, que cette suerte soit inexécutable étant donné la bravoure et la combativité légendaire de l’as de Fernand Granon, mais surtout à cause de la terreur que la réputation du Sanglier inspire à tous les professionnels du raset et on sait pourtant s’ils étaient nombreux, le 9 octobre (1923, NdR), à Nîmes.

Catalino avait-il déjà vu courir le Sanglier et savait-il que le taureau ne refusait jamais le combat et devait surtout sa réputation à son excessive vitesse et à son acharnement jusqu’au delà de la talenquère (=barrière) NdR ?

Avait-il calculé sérieusement la possibilité de l’exécution de la suerte si en honneur dons nos Landes aficionados ou n’était-ce qu’une fantaisie destinée même au risque d’une grave cogida à mettre en vedette son nom peu connu jusqu’alors dans la région nîmoise ?
Autant de questions qui viennent à l’esprit lorsqu’on songe sérieusement à « l’estomac » qu’il lui fallut pour mettre un tel projet à exécution !!

Est-il exact comme d’aucuns le prétendent que le Sanglier pourrait ,être passé à la cape comme n’importe quel taureau neuf ?

Je suis de ceux qui ne le pensent pas, car j’eus, à Nîmes, l’impression très nette, qui fut aussi celle de Catalino lui-même ainsi qu’il nous le déclarait après la course, que la seconde fois le toro était passé de justesse et qu’il ne serait peut-être pas passé sans accident une autre fois.
Quelle solidité de jambe faudrait-il au torero assez téméraire pour se garer des arrancades (=démarrages NdR) brusques et des retours rapides de ce noble animal ?
Quelle vista et quel courage faudrait-il pour attendre le moment de juridiction devant un tel bolide ?

GASTITO.